480 grands arbres à trente mètres du sol, dix ans de photographies pour en témoigner. L’icône de Milan prouve une chose rare (la pérennité de l’ouvrage) et en laisse une autre entière : celle du sol.
Il faut commencer par ce que le Bosco Verticale a réellement prouvé. Dimensionner une structure pour porter 480 grands arbres, 300 petits et des milliers d’arbustes, les haubaner contre le vent, organiser leur entretien par des jardiniers cordistes : en 2014, personne ne l’avait fait à cette échelle. Dix ans plus tard, les arbres sont là, photographiés, documentés. Ce recul est une denrée rare. À l’objection « comment ça vieillit ? », ce projet apporte une des seules réponses à long terme dont dispose l’architecture végétalisée.
Tout y est hors-sol : pas un mètre de pleine terre, pas de continuité écologique avec la ville, une palette choisie pour tenir en pot en altitude. C’est un jardin suspendu magnifiquement tenu, plus qu’un écosystème. Et son entretien, autour de 63 €/m²/an toutes charges, réserve le modèle à des programmes qui peuvent se l’offrir. Le débat public qu’il a ouvert (notamment ce calcul selon lequel le même budget aurait planté une forêt des centaines de fois plus vaste au sol) mérite d’être entendu plutôt qu’évacué.
Notre lecture : le Bosco Verticale est un cas d’école précieux, à condition de le citer pour ce qu’il démontre (la faisabilité technique et la tenue dans la durée) et non comme modèle général. Commencer par le sol, réserver la prouesse en hauteur aux sites sans autre prise pour le vivant : voilà l’ordre des opérations que ce projet, en creux, nous confirme.
Ce que nous retenons
- Dix ans de recul documenté : l’argument le plus solide face à « ça va vieillir comment ? », à dissocier toutefois de la question du coût.
- La faisabilité structurelle (charge végétale, vent, haubanage) : le savoir-faire existe et il est publié.
- Une gestion réelle et organisée (jardiniers cordistes, copropriété) : le vivant y a un gestionnaire nommé, ce qui reste l’exception.
Ce qui nous interroge
- Aucune pleine terre, aucune continuité avec le sol urbain : l’essentiel de la biodiversité se joue là où ce projet ne va pas.
- Un coût de gestion élevé et continu, qui interroge le rapport entre budget engagé et bénéfice écologique réel. Le débat public sur ce point est documenté et légitime.
Ce projet est l’œuvre de Boeri Studio. Le croquis d’analyse est de LIBER.ARCHI ; les photographies et documents originaux appartiennent à leurs auteurs et se découvrent à la source.
Voir le projet : Stefano Boeri Architetti : page du projetCroquis analytique LIBER.ARCHI : notre lecture du projet, pas une reproduction.
Guillaume Ciletti
Architecte HMONP - Fondateur de LIBER.ARCHI
