À Milan, 800 arbres vivent depuis 2014 sur les balcons de deux tours de logements. Ils le doivent autant aux cordes des élagueurs et aux règles de la copropriété qu’au calcul de la structure.
Deux fois par an, des élagueurs descendent en rappel le long des façades du Bosco Verticale pour tailler les arbres par l’extérieur. Les deux tours de logements, dessinées par Boeri Studio (Stefano Boeri, Gianandrea Barreca et Giovanni La Varra) dans le quartier de Porta Nuova, à Milan, portent environ 800 arbres et 4 500 arbustes. Les plantations se sont faites par tranches, de 2012 à 2014, l’année de l’achèvement.
Ce que le projet a de remarquable se lit dans son organisation autant que dans sa structure. Avant la construction, le vent a été éprouvé sur maquette dans la soufflerie du Politecnico di Milano, puis en grandeur réelle dans un laboratoire de Floride. Les arbres les plus exposés, environ un sur quinze, ont reçu un ancrage supplémentaire. Surtout, les espaces plantés des balcons ne sont pas vendus avec les appartements : l’entretien est géré en commun, et aucun propriétaire ne peut en changer les règles. Chaque arbre a donc un accès, un calendrier et quelqu’un qui en répond.
Toute plantation posée sur un bâtiment soulève la même question : comment l’atteindra-t-on dans dix ans ? Une glycine sur la façade d’une école demande une nacelle ou une coursive pour la tailler. Une toiture plantée sur une mairie demande un accès sûr et une ligne au budget de fonctionnement. Une jardinière à l’étage d’une maison demande un robinet à portée de main. Ces choses se dessinent en même temps que le bac. Ajoutées après coup, elles coûtent cher, et c’est souvent la plante qu’on finit par supprimer.
Reste le prix. En 2013, avant l’achèvement, le journaliste Tim De Chant calculait que la somme consacrée aux arbres des tours aurait permis de restaurer au moins 860 fois plus de forêt au sol. On peut discuter le calcul. La question, elle, demeure : combien coûte chaque année cet entretien, et que rend-il aux oiseaux, aux insectes, à la fraîcheur du quartier ? Nous n’avons trouvé aucun bilan chiffré publié.
Ce que nous retenons
- Le vent éprouvé en soufflerie puis en grandeur réelle, et un ancrage renforcé pour les arbres les plus exposés.
- Des espaces plantés gérés en commun, dont aucun propriétaire ne peut modifier l’entretien.
- Des élagueurs en rappel deux fois par an : l’accès aux arbres fait partie du fonctionnement de l’immeuble.
Ce qui nous interroge
- Le coût annuel de l’entretien, au cœur de la critique la plus connue du projet, reste sans chiffre publié à notre connaissance.
- Aucune étude récente trouvée sur les oiseaux et les insectes qui fréquentent les tours ; l’étude de terrain la plus citée sur la végétation date de 2013-2014.
Ce projet est l’œuvre de Boeri Studio. Le croquis d’analyse est de LIBER.ARCHI ; les photographies et documents originaux appartiennent à leurs auteurs et se découvrent à la source.
Voir le projet : Stefano Boeri Architetti : page du projetCroquis analytique LIBER.ARCHI : notre lecture du projet, pas une reproduction.
Guillaume Ciletti
Architecte HMONP - Fondateur de LIBER.ARCHI
