À Eindhoven, une tour de logement social donne à chaque appartement un arbre sur sa terrasse. L’argent des arbres a été trouvé dans le reste du bâtiment, volontairement ordinaire.
620 euros par mois : c’était, à l’ouverture en 2021, le loyer d’un appartement de la Trudo Vertical Forest, à Eindhoven. La tour de dix-neuf étages, dessinée par Stefano Boeri Architetti pour le bailleur social Sint Trudo, se dresse sur Strijp-S, l’ancien site industriel de Philips. Ses 125 logements font moins de 50 m², et chacun a une terrasse de plus de 4 m² avec un arbre et une vingtaine d’arbustes. En tout, 135 arbres et environ 5 200 arbustes et plantes, de plus de soixante-dix espèces, arrosés par l’eau de pluie de quatre cuves de 20 000 litres.
Ses architectes la présentent comme la première forêt verticale construite pour du logement social. Selon la revue Domus, son coût a été tenu à 1 200 euros le mètre carré par des choix sans éclat : du béton préfabriqué, un modèle de façade déjà éprouvé, des balcons moins profonds, des finitions intérieures simples. Les économies ont porté sur l’immeuble lui-même, et les arbres sont restés.
Une école ou une mairie peut faire le même arbitrage. Quand l’argent manque, la tentation est de garder la façade qui se voit et de réduire les plantations à quelques bacs. Trudo rend visible l’ordre inverse : un bâtiment simple et bien construit, et des arbres là où les gens vivent. Pour une maison, cela peut vouloir dire un plan sans décrochés inutiles et une vraie fosse de plantation plutôt qu’un bardage coûteux.
La tour a ouvert en octobre 2021, et cinq ans, c’est l’âge où l’on attend un premier bilan. Nous n’en avons pas trouvé de publié. Combien d’arbres a-t-il fallu remplacer ? Et l’entretien, confié à des spécialistes selon Domus, pèse-t-il sur les loyers ? De ces deux réponses dépend la valeur de l’exemple.
Ce que nous retenons
- Un arbre et une vingtaine d’arbustes sur la terrasse de chaque logement, pour un loyer social.
- Un coût tenu à 1 200 euros le mètre carré en simplifiant la structure et les finitions ; les arbres sont restés.
- Un arrosage à l’eau de pluie, stockée dans quatre cuves de 20 000 litres.
Ce qui nous interroge
- Aucun bilan publié trouvé à cinq ans : le nombre d’arbres remplacés et le coût de l’entretien restent inconnus.
- Des arbres en bacs, sans contact avec la terre : la question de la pleine terre reste entière.
Ce projet est l’œuvre de Stefano Boeri Architetti. Le croquis d’analyse est de LIBER.ARCHI ; les photographies et documents originaux appartiennent à leurs auteurs et se découvrent à la source.
Voir le projet : Stefano Boeri Architetti : page du projetCroquis analytique LIBER.ARCHI : notre lecture du projet, pas une reproduction.
Guillaume Ciletti
Architecte HMONP - Fondateur de LIBER.ARCHI
