135 arbres et 5 200 arbustes sur une tour de logement social. L’intérêt n’est pas d’abord écologique : c’est la démonstration qu’un principe réputé luxueux peut être décliné à coût maîtrisé.
À Eindhoven, la première « forêt verticale » pensée pour du logement social porte 135 arbres et quelque 5 200 arbustes et plantes sur ses quatre façades. Le geste décisif est presque invisible : une palette de six types de bacs standardisés, dessinée pour réduire le coût de fabrication et d’entretien. La prouesse n’est pas botanique, elle est économique, et c’est précisément ce qui nous intéresse.
Car l’objection la plus fréquente au bâtiment vivant n’est ni technique ni esthétique : « c’est plus cher ». Trudo y répond par l’exemple, en déclinant en version accessible un principe apparu à Milan dans un tout autre contexte de standing. La standardisation d’un petit nombre de composants, plutôt que le sur-mesure héroïque, est une voie que nous croyons transposable bien au-delà des tours : à l’échelle d’une pergola, d’une façade support, d’une toiture.
Les réserves restent celles de sa famille de projets : le vivant demeure en pots, hors-sol, sans continuité de pleine terre documentée en pied d’immeuble. La livraison est également récente. Nous attendons le retour d’expérience à cinq ans avant d’en faire une preuve de pérennité. Une version économique ne résout pas la question du sol ; elle résout celle du coût, ce qui est déjà appréciable.
Ce que nous retenons
- La réponse la plus directe que nous connaissions à l’objection « c’est plus cher » : le même principe, décliné par le même architecte, en logement social.
- La standardisation de six types de bacs comme levier de coût, initiant un raisonnement de gamme transposable à des dispositifs bien plus modestes.
- La gestion pensée dès la conception pour un budget social, là où la version milanaise repose sur des charges élevées.
Ce qui nous interroge
- Pas de pleine terre ni de continuité écologique au sol : la limite de fond de la famille « forêt verticale » n’est pas levée par la version économique.
- Livré en 2021 : le recul manque encore. Le projet sera à réexaminer vers son cinquième anniversaire avant de le citer comme preuve de durabilité.
Ce projet est l’œuvre de Stefano Boeri Architetti. Le croquis d’analyse est de LIBER.ARCHI ; les photographies et documents originaux appartiennent à leurs auteurs et se découvrent à la source.
Voir le projet : Stefano Boeri Architetti : page du projetCroquis analytique LIBER.ARCHI : notre lecture du projet, pas une reproduction.
Guillaume Ciletti
Architecte HMONP - Fondateur de LIBER.ARCHI
