À Sydney, vingt-trois murs végétaux de Patrick Blanc habillent les tours de Jean Nouvel, arrosés par l’eau recyclée de l’immeuble. On leur prête de la fraîcheur et un air plus sain, sans que nous ayons trouvé une seule mesure publiée de ces effets.
Près du sommet de la plus haute des deux tours de One Central Park, à Sydney, un porte-à-faux abrite un héliostat motorisé, un jeu de miroirs qui renvoie le soleil vers le parc voisin. En dessous, vingt-trois murs végétaux, 1 200 m² en tout, habillent les façades. Jean Nouvel a dessiné l’ensemble, livré en 2014 dans le quartier de Chippendale, avec le botaniste Patrick Blanc. Dans ses murs, les plantes poussent sur un feutre, sans terre. Des grimpantes tenues par des câbles d’acier s’y ajoutent, si bien que la végétation couvre environ la moitié des façades.
Le choix des plantes est ce que le projet a de plus remarquable : 350 espèces, dont 250 originaires d’Australie, d’après le centre de recherche australien sur les villes économes en eau. L’arrosage vient d’une station installée au sous-sol, qui traite les eaux usées de l’immeuble. Les murs vivent donc de l’eau que les habitants ont déjà utilisée.
Nous n’avons trouvé nulle part ce que ces murs devaient faire, écrit avant de planter et vérifié depuis. Ce travail ne demande pourtant ni laboratoire ni gros budget, et chaque maître d’ouvrage peut le reprendre. Une école qui plante sa cour peut noter dans son programme ce qu’elle en attend : de l’ombre pendant la récréation, quelques degrés de moins dans les classes en juin, des mésanges au printemps. Un été ou deux plus tard, un thermomètre et un carnet suffisent pour savoir si c’est le cas. Pour une maison, une phrase suffit : ce que la haie doit abriter, ce que la treille doit ombrer. Sans objectif écrit, on ne juge une plantation que sur sa photo.
Sur One Central Park, trois réponses nous manquent. Combien de degrés les murs retirent-ils aux logements qu’ils ombragent ? Combien de plantes a-t-il fallu remplacer depuis la livraison ? Quels oiseaux et quels insectes y vivent ? Ces réponses existent peut-être chez le gestionnaire de l’immeuble. Publiées, elles permettraient à d’autres maîtres d’ouvrage de s’en servir.
Ce que nous retenons
- Une palette de 350 espèces, dont 250 originaires d’Australie, sur 1 200 m² de murs.
- Un arrosage par les eaux usées de l’immeuble, traitées dans sa propre station.
- Un héliostat qui renvoie la lumière du soleil vers le parc au pied des tours.
Ce qui nous interroge
- Aucune mesure publiée trouvée sur la fraîcheur apportée, la qualité de l’air ou la faune accueillie.
- Des plantes sur feutre, sans terre : leur vie tient à un arrosage continu.
Ce projet est l’œuvre de Ateliers Jean Nouvel × Patrick Blanc. Le croquis d’analyse est de LIBER.ARCHI ; les photographies et documents originaux appartiennent à leurs auteurs et se découvrent à la source.
Voir le projet : Ateliers Jean Nouvel : page du projetCroquis analytique LIBER.ARCHI : notre lecture du projet, pas une reproduction.
Guillaume Ciletti
Architecte HMONP - Fondateur de LIBER.ARCHI
