Le long de la Petite Ceinture, l’ancienne voie ferrée de Paris, la Ferme du Rail loge et forme des personnes en insertion autour d’un potager en pleine terre. Son bâtiment travaille pour ce sol : il lui apporte son eau, sa matière et ses jardiniers.
Au pied du viaduc de la Petite Ceinture, rue de l’Ourcq, dans le 19ᵉ arrondissement, la Ferme du Rail est une ferme urbaine : un potager au centre de la parcelle, des arbres fruitiers et des aromatiques sur le talus, une serre, un restaurant et une épicerie. Le bâtiment, en bois isolé en paille, loge des personnes en insertion et des étudiants en horticulture, qui travaillent la terre qu’ils habitent. Le projet de l’agence Grand Huit a été lauréat de l’appel à projets « Réinventer Paris » en 2016 et livré en 2019.
Le bâtiment travaille pour la terre qui l’entoure. L’eau de pluie tombée sur les toitures est recueillie dans un bassin et sert à arroser les cultures. Les biodéchets du quartier y sont collectés et valorisés. Et ceux qui habitent le lieu sont aussi ceux qui le cultivent. L’eau, la matière et les mains passent par le bâtiment avant de rejoindre le sol.
Cette logique n’a pas besoin d’une ferme pour s’appliquer. Une maison, une école ou une mairie peuvent elles aussi se dessiner en partant du sol qu’elles occupent : garder la pleine terre au cœur de la parcelle plutôt que dans ses restes, conduire l’eau des toitures vers le jardin plutôt que vers l’égout, réserver dès le plan la place du compost. Ce sont des décisions de dessin. Elles se prennent facilement au début et se rattrapent mal à la fin.
Restent deux questions que nous aimerions voir documentées. Quelle biodiversité ce lieu accueille-t-il, mesurée au-delà de la production ? Et comment une culture aussi dense, en pleine ville, se protège-t-elle des nuisibles ? Un projet crédible doit aussi parler de ce qu’il ne souhaite pas accueillir.
Ce que nous retenons
- Un bâtiment qui sert son sol : l’eau des toitures arrose les cultures, les biodéchets du quartier sont valorisés.
- De la culture en pleine terre au centre de la parcelle, là où tant de projets se contentent de bacs.
- Des habitants qui cultivent la terre qu’ils habitent : le jardin a ses jardiniers sur place.
- Une architecture bioclimatique soignée pour un lieu d’insertion : bois, paille, réemploi, chaufferie bois.
Ce qui nous interroge
- Pas de suivi écologique chiffré trouvé en source ouverte : la biodiversité accueillie reste à mesurer, au-delà de la production maraîchère.
- La façon dont une culture dense en ville se protège des nuisibles et de l’humidité est peu documentée, alors que c’est là que se joue son acceptation par les voisins.
Ce projet est l’œuvre de Grand Huit. Le croquis d’analyse est de LIBER.ARCHI ; les photographies et documents originaux appartiennent à leurs auteurs et se découvrent à la source.
Voir le projet : Grand Huit : page du projetCroquis analytique LIBER.ARCHI : notre lecture du projet, pas une reproduction.
Guillaume Ciletti
Architecte HMONP - Fondateur de LIBER.ARCHI
