
Friche minière et sol vivant — 2024
Lieu
Saint-Étienne, Loire

Dans les années 1940 et 1950, les stériles du puits Couriot montaient de plus de quinze mètres par an. Les Stéphanois appellent ces tas « les mamelles de Saint-Étienne ». À partir des années 1970, les Houillères les plantent pour stabiliser les pentes, puis la végétation spontanée prend le relais. La promenade reprend la montée : trois séquences dans les pentes des crassiers Michon, portées d’abord par des pieux d’acacia, avec de jeunes arbres à leur pied. À dix ans, les pieux seraient retirés et le platelage reporté sur les troncs, s’ils sont devenus assez forts. C’est le pari du projet : confier sa structure au vivant.
Projet de fin d’études, École nationale supérieure d’architecture de Lyon, soutenu en 2024. Encadrement : Gilles Desevedavy, Hervé Lequay, Yannick Hoffert.


"Le crassier est la créature de l’homme moderne, mise au monde puis laissée pour compte ; enfanter, c’est aussi s’en occuper."


Le travail de recherche
01
Le puits Couriot ferme en 1973. Avant la nationalisation des mines de 1946, c’était le plus grand puits du bassin houiller stéphanois : plus de 700 mètres de profondeur, 1 500 mineurs, 900 000 tonnes de charbon par an. Dans les années 1940 et 1950, les stériles remontés du fond sont amoncelés en tas qui gagnent plus de quinze mètres par an. À partir des années 1970, les Houillères les plantent pour stabiliser les pentes ; la végétation spontanée fait le reste.
Les Stéphanois, eux, les ont baptisés « les mamelles de Saint-Étienne ». Le point culminant atteint 678 mètres. De là-haut, le crassier regarde la ville : le regard file jusqu’à la cathédrale Saint-Charles, les pas redescendent par le quartier du Clapier. À son pied, le parc Joseph-Sanguedolce et le musée de la Mine gardent la mémoire du fond.


02
La promenade part du parc-portail, en bas, et rejoint le parc-chevalement. Entre les deux, trois séquences se succèdent, chacune avec sa manière de tenir la pente : on marche d’abord sur le sol, puis au-dessus de lui, puis on s’arrête. Le tracé suit les courbes de niveau plutôt que de les contredire, quitte à s’allonger. Monter un crassier demande du temps ; autant le prendre.

03
Cinq points de vue ponctuent la galerie. Chacun décide de ce que l’on voit, et surtout de ce que l’on ne voit pas encore.

Une végétation abondante nous entoure et coupe toute vue, provisoirement. Reste l’oreille : la vie du crassier et de tous ses habitants, promeneurs d’un jour ou résidents d’une saison. Et le vent, bien sûr.
La vue s’ouvre sur le paysage. On redécouvre l’autre crassier, tout proche ; à gauche, le Pilat commence à dessiner l’horizon.
Le paysage lointain se referme et ramène le regard vers la le haut du crassier. Sommet étrange, paysage lunaire. Le sol montre ce qu’il est.
Le toit s’efface un instant, et la végétation avec lui. Nous voilà nus, entre le ciel, la montagne et le grand paysage. Rien au-dessus de la tête.
Après un retour au calme du crassier, nous voilà projetés dans la métropole stéphanoise. Face à face avec la cathédrale, les toits en contrebas, la ville qui remonte vers nous.
Puis le parcours s’arrête. Net. L’ascension est terminée, le sommet ne sera pas atteint : voilà le skip, il faut redescendre.

04
Des pieux d’acacia portent la plateforme. À leur pied, de jeunes arbres sont plantés et profitent de l’aubaine pour croître : ils sont issus des arbres qui peuplent le crassier depuis un demi-siècle. La galerie, elle, tient en IPN 300 et IPN 140, cadre aluminium et grillage rigide pour recevoir le substrat, tôles d’acier corten. Parthenocissus quinquefolia et Hedera helix s’y accrochent.
Dix ans plus tard, le projet prévoit de retirer les pieux et de les composter sur place, là où ils ont servi. Le platelage serait alors fixé aux arbres, si leurs troncs le permettent : ce seraient eux qui porteraient. C’est le pari du projet, qui reste à vérifier. L’ouvrage aurait été une béquille, le temps que le vivant prenne sa place.




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